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Shaip Beqiri, 50 ans à la recherche de la perfection des mots

Cela fait 50 ans que le premier livre de Shaip Beqiri a été publié, et même davantage depuis les débuts de la création littéraire de ce poète et publiciste reconnu. Une raison de poids pour marquer cet anniversaire par une activité publique, comme celle qui s’est tenue samedi dernier à Zurich.

Organisée par l’Association des écrivains albanais de Suisse, en collaboration avec le Consulat général du Kosovo à Zurich, une soirée consacrée à ce jubilé a été organisée.

L’événement a été salué et ouvert par l’hôte, M. Vigan Berisha, consul général de la République du Kosovo à Zurich. À cette occasion, tout en exprimant sa haute appréciation pour l’œuvre de Beqiri, il s’est également réjoui de la possibilité offerte au Consulat de contribuer à l’organisation d’événements culturels.

Dans la suite de la soirée, Bujar Salihu, au nom de la LSHSHZ, a présenté de manière détaillée la biographie et l’œuvre de Shaip Beqiri, tout en mettant en lumière la place particulière qu’il occupe dans la littérature et le journalisme albanais.

“La joie de marquer cet anniversaire est grande lorsqu’il s’agit de Shaip Beqiri, non seulement parce que son œuvre a désormais dépassé un demi-siècle, tout comme elle a franchi les frontières nationales, mais aussi parce que son œuvre littéraire et journalistique porte l’empreinte d’une individualité créatrice singulière. Lors de telles célébrations, une vieille question, humaine et sage, se pose toujours: qu’est-ce qu’un créateur a apporté à son époque et qu’en reste-t-il?

La seule arme dont dispose l’écrivain est le mot, et je crois que c’est précisément de là que nous devons partir ce soir pour parler de Shaip Beqiri. De l’homme qui, pendant plus de cinquante ans, a vécu au cœur de la langue et de sa magie”, a déclaré notamment Bujar Salihu.

Il a également animé le débat en posant plusieurs questions liées à l’œuvre de Beqiri.

L’hermétisme, c’est-à-dire le courant littéraire très présent dans la littérature albanaise des années 1970 et 1980 au Kosovo, a été l’un des thèmes sur lesquels l’auteur lui-même, Shaip Beqiri, ainsi que les autres intervenants se sont longuement arrêtés au cours de ce débat.

Il est désormais bien connu que Beqiri appartient à cette génération qui a cultivé et porté à un haut niveau la poésie que nous qualifions d’”hermétique”. Mais, comme l’expliquent Beqiri lui-même et Salihu, son choix, ainsi que celui d’autres auteurs, de s’inscrire dans cette orientation poétique n’était ni un effet de mode ni un simple exercice stylistique, comme cela aurait pu être le cas dans certains salons littéraires occidentaux.

Il s’agissait bien davantage d’un moyen d’exprimer des idées et des aspirations qui ne pouvaient pas être formulées dans un langage directement compréhensible par tous.

Beqiri a ensuite défendu ce choix poétique en le décrivant comme un souffle nouveau reliant la littérature albanaise aux tendances mondiales de la poésie de l’époque.

Shaip Beqiri a également évoqué les “accusations” qui lui ont été adressées concernant l’usage de mots rares dans son œuvre. “Ce sont des mots issus de la matière et de la source même de la langue albanaise, c’est pourquoi les critiques sur ce point n’ont pas lieu d’être, lorsque l’on sait que la poésie est la forme la plus élevée du travail sur le mot”, a-t-il déclaré. Dans le même esprit, il a défendu sa démarche fondée sur une recherche passionnée de l’origine du mot et sur son façonnement à travers la poésie.

Le postulat selon lequel “un auteur n’écrit, durant toute sa vie, qu’un seul livre” correspond également au parcours créatif de Beqiri, comme il l’a lui-même évoqué au cours de cette soirée. Cela s’explique par le fait qu’un poète comme lui se consacre entièrement à la magie du mot et cherche sans cesse à le perfectionner. Une quête qui se poursuit aussi longtemps qu’il est capable d’écrire, a affirmé Beqiri.

Valdet Berisha, poète et critique littéraire, a lu une analyse approfondie et détaillée de l’œuvre de Shaip Beqiri, qu’il avait rédigée à la deuxième personne, en s’adressant directement à Beqiri.

“En 1976, à l’âge de vingt-deux ans, vous avez publié chez “Rilindja” votre premier livre, “Fontana e etjeve”. Depuis, votre œuvre est devenue l’histoire d’une soif qui crie. Et, cinquante ans plus tard, dans votre nouveau livre, cette soif est toujours là, dans “gurin tim të Etjes”. Le jeune homme de 1976 avait soif de vie, de liberté, de parole. L’homme de 2026 porte encore en lui cette même soif. Elle ne s’est pas éteinte. Elle est devenue le fondement de l’une de ses patries intérieures. Et je pense que c’est peut-être là le plus beau témoignage d’une vie poétique: ne pas perdre la soif de la jeunesse, même lorsque la jeunesse n’est plus là…”

En se référant à l’approche hermétique de l’auteur dans sa poésie, Berisha a également formulé une observation intéressante sur la persévérance et la constance de Beqiri dans ce courant poétique.

“Ibrahim Rugova écrivait autrefois à votre sujet que vous restiez fidèle à un système fermé de communication poétique et que vous étiez un créateur accompli de l’image. (…) Vous avanciez au sein de cette génération obstinée et vous avez continué à résister même après sa désagrégation. (…) À cette époque sombre, marquée par diverses tutelles, lorsque la parole directe était dangereuse, la poésie albanaise du Kosovo avait appris à se dissimuler avec élégance. Beaucoup d’auteurs, lorsque le danger n’était plus visible, ont ouvert ce bunker et l’ont abandonné à son sort. Vous, vous ne l’avez pas fait: vous l’avez conservé par fidélité, parce que vous avez compris que ce bunker n’était pas seulement une protection contre la persécution, mais la véritable demeure de la parole, celle que peu de gens sont capables de dire.”

Au cours du débat animé qui s’est tenu durant cette soirée, le “protagoniste” de la rencontre a également parlé de ses préférences littéraires, aussi bien au sein de la tradition de la littérature albanaise qu’en dehors de celle-ci, ainsi que de la connaissance approfondie qu’il a eue et qu’il entretient encore avec un grand nombre d’auteurs albanais, de part et d’autre de la frontière.

Il s’est également arrêté sur son œuvre journalistique, réunie dans plus de 1 200 pages dans l’ouvrage “Mozaiku i mbuzur”, un projet peut-être sans équivalent dans le journalisme albanais. On y trouve des portraits, rédigés selon son approche particulière, de nombreuses personnalités qui ont marqué la scène de la culture, mais aussi celle de la politique et de la vie sociale albanaise au cours de ces 50 dernières années.

Il a déclaré qu’il avait tendance à travailler de manière systématique, non seulement dans le journalisme, mais aussi dans la poésie. “Je ne conçois pas la création comme une affaire de “muses” ou d’”inspiration”, mais comme un travail systématique, guidé par une idée claire”, a notamment déclaré Shaip Beqiri.