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Privilège ou défi ? Une génération entre ses racines et de nouveaux horizons

Lorsque les racines parlent albanais et que l’avenir se construit en Suisse, il naît une identité singulière, à la croisée de la tradition et de la modernité. À travers des récits personnels, cet article met en lumière la manière dont deux cultures peuvent coexister harmonieusement et contribuer ensemble à l’émergence d’une génération intégrée, épanouie et tournée vers la réussite.

Au cœur de la diaspora albanaise en Suisse grandit une génération qui évolue entre deux mondes, deux héritages culturels et deux appartenances. Nés ou élevés au sein d’une société multiculturelle et hautement développée, de nombreux jeunes Albanais ont réussi à s’imposer dans des domaines professionnels variés. Ils se sont profondément intégrés à la société suisse, tout en préservant un lien fort avec leurs racines.

À travers douze récits de vie, cet article soulève une question essentielle : être à la fois albanais et suisse représente-t-il un défi, un équilibre à reconstruire sans cesse entre deux identités ? Ou s’agit-il plutôt d’un privilège, ouvrant la voie à de nouvelles perspectives, élargissant les horizons et donnant naissance à une identité plus riche et plurielle ?

Toute personne ayant grandi au sein d’une famille issue de l’immigration connaît ce sentiment de vivre « entre deux mondes ». D’un côté se trouvent la langue, les valeurs et les traditions transmises au sein du foyer familial. De l’autre, la société dans laquelle on grandit, on étudie et l’on construit progressivement sa propre identité. De cette rencontre entre différentes expériences naît une génération à la double appartenance, capable d’unir son héritage albanais aux normes culturelles et sociales du pays dans lequel elle vit.

En Suisse, cette réalité se manifeste de manière particulièrement visible au sein de la deuxième génération de la diaspora albanaise. De nombreux jeunes nés ou élevés dans le pays se sont intégrés avec succès au système éducatif et professionnel suisse, s’affirmant dans des secteurs aussi variés que la science, la médecine, l’économie, l’art ou la culture. Leurs parcours démontrent que l’intégration ne signifie pas uniquement l’adaptation, mais également la capacité de tracer sa propre voie sans renoncer à ses origines.

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Cependant, ce parcours ne se construit pas toujours sans tensions. Les parents, ayant grandi dans leur pays d’origine, cherchent souvent à préserver la langue, les traditions et les modes de vie hérités de leur terre natale. De son côté, la deuxième génération tente de trouver sa place dans une réalité sociale différente. Les questions liées à l’appartenance, à la transmission de la langue, à l’identité et à l’intégration, tout comme les tensions entre les attentes familiales et les exigences de la société, peuvent engendrer des conflits intérieurs. Pourtant, cette expérience ouvre également une perspective singulière : celle de vivre avec deux horizons et de transformer cette double vision du monde en une véritable force.

Dans ce contexte, une question centrale demeure : vivre entre deux cultures est-il un privilège ou un défi ?

À travers de nombreux entretiens réalisés avec de jeunes Albanais ayant réussi leur parcours en Suisse, cet article cherche précisément à explorer cette interrogation : comment vivent-ils leur identité au croisement de deux cultures et quelle influence cette expérience exerce-t-elle sur leur développement personnel et professionnel ?

Une identité entre deux cultures : être à la fois albanais et suisse

Pour de nombreux Albanais vivant et travaillant en Suisse, en particulier au sein de la deuxième génération de la diaspora, l’identité ne se résume pas à un choix entre deux appartenances. Elle se construit plutôt comme un processus continu d’entrelacement culturel. Leurs expériences montrent qu’il n’existe aucune contradiction à être à la fois albanais et pleinement intégré à la société suisse. Il s’agit au contraire d’une réalité complexe, souvent profondément enrichissante.

Dans les témoignages recueillis par Albinfo.ch, cette double identité apparaît comme un espace où coexistent discipline et émotion, tradition et modernité, héritage culturel et ouverture sur le monde.

Cette réalité se reflète avec une force particulière dans les parcours professionnels de la jeune génération issue de la diaspora albanaise.

Shkurta Gashi, qui a obtenu son doctorat à l’Università della Svizzera italiana à Lugano et qui fait aujourd’hui partie du personnel académique de l’ETH Zurich, incarne parfaitement ce lien entre deux cultures. Pour elle, l’identité albanaise n’a jamais été quelque chose qu’il fallait consciemment préserver ; elle a toujours fait partie intégrante et naturelle de sa personnalité. Son lien avec la communauté albanaise ainsi que sa manière de construire des relations humaines ont apporté une dimension supplémentaire à son parcours professionnel : la capacité de créer la confiance et de favoriser la collaboration au sein d’équipes multiculturelles.

Comme elle le souligne elle-même :

«La combinaison des deux m’a donné un équilibre entre rigueur analytique et intelligence émotionnelle.»

 Arbron Gashi, écrivain et designer de sites web en Suisse, décrit quant à lui la vie entre deux cultures comme un exercice permanent d’équilibre. Il évoque les différences marquées entre ces deux univers culturels : d’un côté, la structure, l’ordre et l’individualisme de la société suisse ; de l’autre, la chaleur humaine, les liens familiaux et l’émotivité propres à la culture albanaise. Selon lui, le véritable défi ne réside pas dans le choix d’une identité au détriment de l’autre, mais dans la capacité à intégrer la discipline et l’organisation de l’une tout en préservant la dimension émotionnelle de l’autre.

Une vision similaire est partagée par Vildane Rexhepi, active dans le secteur informatique de la banque UBS et diplômée en Digital Transformation à la ZHAW Zurich University of Applied Sciences, observe une forte orientation vers les objectifs au sein de la deuxième génération, ainsi qu’une grande persévérance face aux défis. Selon elle, la réussite professionnelle et l’appartenance culturelle ne sont pas contradictoires. La présence d’Albanais dans différents secteurs professionnels crée un lien naturel entre deux espaces culturels, « la beauté d’une identité albanaise associée aux attributs suisses ».

Dans le domaine médical, où la responsabilité envers autrui occupe une place centrale, cette double identité prend une dimension encore plus profonde. Kaltrina Zahiti, médecin spécialisée en ophtalmologie en Suisse, considère cette double appartenance culturelle comme une véritable richesse. Selon elle, la culture albanaise lui a transmis sensibilité et empathie, tandis que la société suisse l’a façonnée à travers la discipline, la précision et le sens des responsabilités professionnelles. Elle décrit ainsi son identité comme « une double richesse », où les dimensions humaine et professionnelle se complètent harmonieusement.

Le monde artistique reflète également cette rencontre entre deux cultures. Vanesa Lika, peintre genevoise d’origine albanaise, considère ses racines culturelles comme une source essentielle d’inspiration. Son art devient un espace de réflexion où mémoire, tradition et quête personnelle se rencontrent. Elle décrit son travail comme une tentative de « créer un dialogue entre le passé et le présent » et de concevoir l’identité comme un processus ouvert et créatif. Pour elle, vivre entre deux cultures ne signifie pas être divisée, mais élargir son regard sur le monde.

La musique, elle aussi, devient une forme d’expression de l’appartenance culturelle. Elion Krasniqi, chanteur originaire de Genève connu sous le nom de scène LMN, considère la musique comme l’un des moyens les plus puissants de préserver l’identité albanaise au sein de la diaspora. Pour lui, la musique permet de maintenir un lien émotionnel direct avec la langue, les traditions et l’héritage culturel, faisant ainsi de l’identité une expérience vécue plutôt qu’un simple concept abstrait.

Pour certains des interviewés, cette vie entre deux cultures représente avant tout une expérience profondément enrichissante. Cendrine Berisha, mannequin suisse d’origine albanaise et participante au concours Miss Europe Continental, considère cette double appartenance culturelle comme une richesse personnelle ayant profondément marqué son parcours et son développement.

Une autre perspective est apportée par les jeunes médecins  Thesar Abdullahu, jeune médecin diplômé de l’Université de Bâle et engagé sur la voie du doctorat, considère que le contraste entre les différentes cultures a renforcé son ouverture à la diversité et enrichi son développement personnel et académique. Morgan Hetemi,  jeune médecin diplômé de l’Université de Bâle et engagé dans un parcours doctoral, décrit son appartenance à la diaspora albanaise comme une opportunité de réunir le meilleur des deux mondes : les valeurs familiales d’un côté, les standards académiques et professionnels de la société suisse de l’autre. Thesar Abdullahu souligne, quant à lui, que ce contraste culturel a renforcé son ouverture à la diversité.

Dans leur ensemble, ces parcours démontrent que l’identité au sein de la diaspora albanaise en Suisse n’est pas une réalité figée, mais un processus dynamique de construction de soi. Il s’agit d’une identité culturelle hybride qui ne naît pas de la séparation, mais du lien entre plusieurs univers. Entre la rigueur suisse et la sensibilité albanaise, entre tradition et modernité, émerge une génération qui ne relativise pas ses origines, mais les considère comme une ressource essentielle pour trouver sa place dans une société toujours plus mondialisée.

La réussite de la deuxième génération dans l’éducation et l’intégration

Après avoir exploré la question de l’identité et la manière dont elle se construit entre culture albanaise et culture suisse, il convient de souligner que nombre des personnes interrogées ne se distinguent pas uniquement par leur parcours culturel, mais également par leurs réussites académiques et professionnelles. La plupart des personnalités déjà évoquées possèdent des diplômes universitaires avancés, y compris des doctorats, et se sont intégrées avec succès au marché du travail suisse.

Dans ce chapitre, l’attention se porte davantage sur une nouvelle série de profils issus de domaines variés tels que la médecine, l’économie, le management, l’art ou encore la mode. Leurs trajectoires démontrent que la deuxième génération albanaise en Suisse ne se contente pas d’être intégrée : elle s’impose progressivement dans différents secteurs professionnels, où elle construit des carrières solides, visibles et reconnues au sein de la société suisse.

L’un de ces exemples est Lavdrim Xhemaili, artiste albanais multidisciplinaire vivant en Suisse et actif dans les domaines de la danse, du théâtre et de la musique, incarne un profil artistique polyvalent ayant su s’imposer dans la scène culturelle suisse sans perdre le lien avec son identité culturelle.

À travers cette réflexion, il évoque la relation complexe entre le sentiment d’appartenance et l’expérience personnelle vécue en Suisse.

Sur le plan professionnel, il souligne que les difficultés rencontrées pour accéder au marché artistique suisse ne relevaient pas tant d’un manque d’opportunités que des perceptions liées à la diversité. Selon lui, les préjugés visuels et culturels influencent encore la manière dont les artistes sont perçus, créant ainsi des barrières invisibles pour les personnes issues de différents horizons culturels.

Dans ce contexte où se croisent réussite académique et intégration professionnelle, Shkurta Gashi occupe également une place particulière. Après avoir obtenu son doctorat à l’Università della Svizzera italiana de Lugano, elle poursuit aujourd’hui ses recherches postdoctorales au sein du Département d’informatique et du Centre d’intelligence artificielle de l’ETH Zurich, où elle fait partie du personnel académique. Parallèlement, elle travaille comme Data Scientist chez IKEA à Bâle, conciliant ainsi recherche scientifique et application concrète dans le secteur industriel.

 

Une célébration joyeuse entre les cultures.

Elle souligne que le système éducatif suisse a profondément façonné sa manière de penser et de travailler, en l’orientant vers des standards élevés de qualité, de précision et de rigueur scientifique. Dans le domaine de l’intelligence artificielle, explique-t-elle, il ne suffit pas qu’un modèle fonctionne : il doit également être documenté, justifié et reproductible. Cette approche est devenue un élément fondamental de son travail quotidien.

Un autre parcours marquant est celui de Vildane Rexhepi, active dans le secteur informatique de la banque UBS et titulaire d’une formation en transformation digitale à la ZHAW Zurich University of Applied Sciences. Elle considère la formation suisse comme déterminante dans son évolution professionnelle et insiste notamment sur l’importance de la précision, de l’efficacité et de la gestion des priorités dans le quotidien du travail.

Parmi les profils illustrant la réussite de l’intégration professionnelle en Suisse figure également Kaltrina Zahiti. Spécialisée dans les maladies oculaires, elle a fondé deux cabinets d’ophtalmologie à Biberist et Emmen, proposant des services médicaux modernes ainsi qu’une prise en charge de haute qualité pour les patients.

Dans le domaine de l’économie et du business, le parcours de Fjolla Gashi retient particulièrement l’attention. Elle a construit en Suisse un itinéraire académique et professionnel remarquable, combinant des études en soins infirmiers, en économie et en business, avant d’obtenir son master à l’University of Basel. Aujourd’hui, elle travaille comme Client Manager chez BDO AG. Son parcours académique, marqué par une grande intensité et une discipline exceptionnelle, témoigne également de sa capacité à concilier études supérieures et intégration professionnelle dans un système exigeant comme celui de la Suisse.

Cette forme d’intégration se reflète aussi dans l’univers de la mode. Cendrine Berisha incarne une autre dimension de ce processus. Elle a construit sa carrière sur la scène internationale de la mode en représentant la Suisse lors du concours Miss Europe Continental à Naples, tout en collaborant avec plusieurs agences et magazines à l’étranger. Pour elle, représenter la Suisse sur la scène internationale tout en préservant ses racines albanaises constitue une expérience forte et déterminante dans son parcours d’intégration sociale et culturelle.

 

Préserver la langue et la culture albanaises

Dans le quotidien des Albanais vivant en Suisse, la langue et la culture demeurent des repères essentiels de l’identité. La préservation de la langue albanaise n’est pas perçue comme un simple geste nostalgique, mais comme une décision consciente visant à maintenir le lien avec les origines, la famille et l’héritage culturel. Cette transmission commence généralement au sein du cercle familial et se poursuit grâce à des offres éducatives complémentaires ainsi qu’aux activités menées par les organisations de la diaspora.

Les écoles albanaises du samedi jouent, à cet égard, un rôle particulièrement important. Ida Jashari enseigne depuis près de vingt ans aux enfants de la diaspora à Ostermundigen. Dans ses classes, où étudient désormais également des enfants de troisième génération, la langue n’est pas uniquement abordée comme une matière scolaire. Elle est avant tout considérée comme une composante fondamentale de l’identité.
« L’école albanaise est le cœur qui maintient vivante notre identité loin de la patrie », affirme-t-elle.
Selon elle, l’essentiel ne réside pas seulement dans le fait de parler la langue, mais aussi dans la compréhension émotionnelle de ses propres origines.

Cependant, souligne Ida Jashari, la préservation de la langue ne se fait pas naturellement. Elle ne peut réussir qu’à travers une collaboration étroite entre la famille et l’école. La jeune génération n’a pas perdu la langue albanaise, explique-t-elle, mais elle a besoin d’un soutien constant dans la vie quotidienne.
« La volonté existe, il faut simplement l’entretenir », dit-elle.
La coopération entre parents et enseignants devient donc essentielle. Lorsqu’elle fonctionne, la langue ne se contente pas de survivre : elle continue à évoluer. L’éducation au sein de la diaspora signifie finalement « préserver une part de la patrie dans le quotidien des enfants ».

L’importance de la langue se manifeste également dans le milieu académique. Les jeunes médecins Morgan Hetemi et Thesar Abdullahu racontent que leur attachement à la langue albanaise les a accompagnés tout au long de leurs études à l’University of Basel. Le fait d’être originaires de la même région et de s’être rencontrés très tôt durant leurs études leur a donné un sentiment supplémentaire de proximité.
« C’était rassurant de savoir que quelqu’un suivait le même chemin », confie Abdullahu.
Cette connexion leur a permis de conserver un lien avec leur langue et leurs origines, même dans le cadre exigeant de la vie universitaire.

Dans le domaine littéraire, la langue devient également un choix identitaire assumé. Arbron Gashi écrit en albanais, bien qu’il évolue quotidiennement dans un environnement multilingue en Suisse. Ce choix, explique-t-il, est pleinement conscient.
« Je voulais que mes lecteurs au Kosovo comme en Suisse puissent comprendre mes textes », affirme-t-il.
La langue n’est pas seulement un moyen d’expression, mais aussi une responsabilité qui exige une attention et un entretien permanents.

D’autres professionnels partagent une vision similaire. Vildane Rexhepi considère la famille comme l’élément déterminant dans la préservation de la langue. Les liens maintenus avec le Kosovo et l’Albanie renforcent, selon elle, cette continuité culturelle. Quant à Kaltrina Zahiti, elle décrit l’albanais comme la langue de la sphère privée, alors que d’autres langues dominent dans sa vie professionnelle.
« Grâce à la langue, je reste connectée à mes racines ; elle façonne une manière de penser qui fait partie de mon identité », explique-t-elle.

Au rythme de la musique et sous les couleurs rouge et noir, ils célèbrent ensemble leur identité albanaise au sein de la diaspora.

Dans le domaine culturel, ce lien se manifeste avec une force particulière à travers la musique. Elion Krasniqi choisit délibérément de chanter en albanais. Pour lui, la langue n’est pas un simple procédé stylistique, mais une composante essentielle de son identité artistique. Ayant grandi dans un environnement où musique et langue étaient étroitement liées, ce choix s’est imposé naturellement.
« Je chante en albanais parce que cela fait partie de moi », explique-t-il.
Cette authenticité est précisément ce que le public apprécie, aussi bien au sein de la diaspora qu’au-delà.

À travers tous ces parcours, la langue albanaise apparaît non seulement comme un moyen de communication, mais aussi comme un élément de liaison entre les générations et les différents espaces de vie. Elle structure la mémoire, renforce le sentiment d’appartenance et permet de préserver une continuité culturelle malgré la distance géographique.

 

« Une nouvelle albanité » : la génération moderne de la diaspora

La deuxième génération de la diaspora albanaise façonne aujourd’hui une nouvelle manière de se définir : plus affirmée, plus consciente d’elle-même et profondément ancrée à la fois dans ses racines et dans une réalité mondialisée. Dans les échanges avec les jeunes Albanais de Suisse, cette « nouvelle albanité » n’apparaît pas comme une rupture avec la tradition, mais plutôt comme son évolution naturelle dans le contexte de la vie en Suisse.

Deux identités, un esprit commun – la culture albanaise et la culture suisse en harmonie. (pexels)

Pour la data scientist Shkurta Gashi, il ne s’agit pas d’une nouvelle identité, mais plutôt d’une extension de l’identité existante. La deuxième génération serait le résultat d’un processus évolutif dans lequel les valeurs transmises au sein de la famille se rencontrent avec les exigences du système éducatif suisse. Elle fait également référence aux mouvements migratoires des années 1970 et 1990, marqués par d’importants efforts d’intégration. C’est sur cette base que s’est développé l’espace dans lequel évolue aujourd’hui la génération actuelle. Selon elle, l’opposition entre tradition et modernité est souvent davantage construite que réelle.
« La deuxième génération ne crée pas une nouvelle albanité, elle l’élargit », affirme-t-elle.
L’identité naît aujourd’hui de la combinaison entre enracinement local et expérience internationale : « Avoir deux perspectives et transformer les deux en valeur. »

Le romancier Arbron Gashi observe également une évolution vers une identité plus ouverte et plus réfléchie. Les meilleures opportunités éducatives et de développement ont permis l’émergence d’une génération qui exploite plus consciemment son potentiel. Dans le même temps, le lien avec les racines reste un engagement constant.
« Je pense que la deuxième génération construit une nouvelle albanité, plus ouverte et plus moderne », déclare-t-il.
Selon lui, le maintien de la langue et de la culture demeure essentiel. Il résume son expérience ainsi : « vivre entre deux mondes et prendre le meilleur des deux ».

Dans le domaine médical, Kaltrina Zahiti confirme également cette évolution. La deuxième génération construit progressivement en Suisse une identité plus intégrée, dans laquelle la langue, la tradition et les origines restent des éléments constitutifs du sentiment d’appartenance culturel, tandis que l’intégration dans la société suisse continue de se renforcer.

Célébrer et relier les cultures en Suisse – à travers la musique, la joie et une atmosphère festive. (pexels)

Vildane Rexhepi observe une forte orientation vers les objectifs au sein de la deuxième génération ainsi qu’une grande persévérance face aux défis. Selon elle, la réussite professionnelle et l’appartenance culturelle ne sont pas incompatibles. La présence d’Albanais dans divers domaines professionnels crée ainsi un lien naturel entre deux espaces culturels, « la beauté d’une identité albanaise associée aux attributs suisses ».

Dans les domaines de l’art et de la culture, cette évolution est également perceptible. Le chanteur Elion Krasniqi la résume en ces termes : « Être albanais en Suisse signifie vivre entre deux mondes, préserver ses origines et s’intégrer avec dignité. » Le mannequin Cendrine Berisha exprime une idée similaire : il s’agit d’une génération qui maintient un équilibre entre tradition et modernité, « avec conscience et ambition », tout en étant « fière de ses racines et tournée avec détermination vers l’avenir ».

Dans ces différentes perspectives, la nouvelle génération de la diaspora n’apparaît pas comme une génération qui divise son identité entre deux cultures, mais comme une génération qui relie ces espaces entre eux. La « nouvelle albanité » ne remplace pas la tradition, elle l’élargit — en la rendant plus ouverte, plus naturelle et plus visible dans un monde globalisé.

 

 

 

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À propos de ce dossier thématique et de l’auteur

 Le dossier thématique « Privilège ou défi ? Une génération entre ses racines et de nouveaux horizons » repose sur douze entretiens approfondis menés auprès de membres de la deuxième génération de la diaspora albanaise en Suisse. Au cœur de cette recherche se trouvent les questions d’identité, d’intégration, d’appartenance culturelle et de participation sociale dans une Suisse multiculturelle.

Valdrin „Drin“ Reçica travaille comme journaliste et auteur, avec un accent particulier sur la diaspora, l’intégration et les identités multiculturelles en Suisse. Dans son travail journalistique, il s’intéresse notamment aux réalités de vie ainsi qu’aux parcours de réussite de la diaspora albanaise en Suisse et en Europe.

 


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