La musique
La chanteuse A R B Ë R E S H Ë, une approche intuitive du chant et de la réinterprétation de la tradition musicale albanaise.
Dans cet entretien accordé à albinfo.ch, la chanteuse A R B Ë R E S H Ë revient sur son processus créatif, sa manière de construire ses interprétations et son rapport à l’héritage musical albanais.
La chanteuse A R B Ë R E S H Ë développe une approche créative nourrie par des expériences liées à la Suisse, au Kosovo et à l’Albanie, sans pour autant les considérer comme des références artistiques directes. Son travail repose sur l’intuition, l’attention portée aux petits détails musicaux et une relation naturelle avec le patrimoine traditionnel. Dans cet entretien accordé à albinfo.ch, Arbëreshë revient sur son processus créatif, sa manière de construire ses interprétations et son rapport à l’héritage musical albanais. Une conversation sur la création, la tradition et une voix qui construit sa propre identité à travers l’expérience.
albinfo.ch : Le projet A R B Ë R E S H Ë évolue entre la Suisse, le Kosovo et l’Albanie. Comment ces espaces se traduisent-ils dans votre univers sonore ?
A R B Ë R E S H Ë : Je ne pense pas beaucoup en termes d’”espaces” lorsque je crée de la musique. Ce qui m’intéresse, c’est l’inspiration qu’une chanson éveille en moi. Souvent, ce sont de petits détails qui m’attirent : une mélodie, un rythme, un fragment de texte ou un son. Peut-être que ces lieux vivent quelque part dans ma musique, mais pas d’une manière que j’essaie de traduire ou de représenter directement. C’est un hasard si la guitare est le seul instrument “non traditionnel” que j’utilise. C’est avec cet instrument que j’ai commencé à apprendre la musique lorsque je vivais en Suisse.
albinfo.ch : Le nom que vous avez choisi porte une mémoire historique. Quelle signification a-t-il pour vous sur le plan personnel et artistique ?
A R B Ë R E S H Ë : En réalité, c’est mon père qui m’a donné ce prénom à ma naissance. Moi, je l’ai simplement “embelli” avec ma lettre préférée, le “ë”. Comme il s’agit avant tout de mon prénom, je n’ai longtemps pas beaucoup réfléchi à sa dimension historique. Cependant, l’histoire des Arbëresh me paraît très impressionnante, notamment la manière dont ils ont réussi à préserver jusqu’à aujourd’hui un important héritage culturel. Le parallèle réside dans le fait que j’essaie de faire la même chose à travers la musique.
albinfo.ch : Votre voix possède un timbre particulier et très sensible. Le percevez-vous comme un don naturel ou comme le résultat d’un travail construit au fil du temps ?
A R B Ë R E S H Ë : Merci pour ce compliment. Je pense que c’est un mélange des deux. Récemment, j’ai regardé d’anciennes vidéos de moi en train de chanter et j’ai réalisé que ce timbre était déjà là depuis toujours. Mais la voix évolue avec le temps. C’est peut-être un don naturel qui s’est développé au fil des années et qui a pris de nouvelles formes.
albinfo.ch : Vos interprétations de chansons populaires apportent une intimité particulière. Comment trouvez-vous l’équilibre entre la tradition et votre propre sensibilité ?
A R B Ë R E S H Ë : Pour moi, cela ne commence pas comme une recherche d’équilibre entre la tradition et moi-même. Tout le processus se déroule très naturellement. Certaines chansons éveillent quelque chose en moi que j’ai envie d’explorer à travers la musique. Je n’essaie ni de transformer la chanson de force, ni de la conserver simplement telle qu’elle est. Elle se transforme d’elle-même, à travers la manière dont je la ressens et la perçois.
albinfo.ch : Étant autodidacte dans plusieurs instruments et styles, quel rôle l’intuition joue-t-elle dans votre création artistique ?
A R B Ë R E S H Ë : La guitare est le seul instrument que j’ai appris de manière plus structurée, dans une école de musique. Un instrument peut s’apprendre de différentes façons. Mon approche est souvent intuitive, j’essaie de découvrir l’instrument avec tous mes sens. Souvent, nos intuitions sont similaires : lorsque nous voyons des cordes, nous les touchons ; lorsque nous voyons quelque chose recouvert de peau, nous le frappons. J’aime cette manière d’apprendre parce qu’elle possède quelque chose de sincère, presque enfantin. Mais à un moment donné, j’ai compris que l’intuition seule ne suffisait pas toujours. Avec le daf, par exemple, je me suis retrouvée à jouer constamment les mêmes choses. Je voulais élargir mon horizon et mieux maîtriser l’instrument. J’ai récemment commencé à prendre des cours, ce qui m’aide à l’utiliser de façon plus riche et plus consciente.
albinfo.ch : Peut-on dire que votre musique est une forme de dialogue avec vos ancêtres ?
A R B Ë R E S H Ë : Cela peut paraître un peu étrange, mais parfois je le ressens vraiment ainsi. Il y a des moments où je perçois une telle profondeur dans ces chansons que cela touche presque à une forme de transcendance. Parfois, ce sentiment devient si fort qu’il me semble être en dialogue avec les protagonistes de la chanson, comme s’ils me racontaient eux-mêmes leur histoire. J’ai ressenti cela pour la première fois avec la chanson “Oj Lulija Jonë” et, d’une certaine manière, c’est de là qu’est née A R B Ë R E S H Ë.
albinfo.ch : Comment définiriez-vous votre esthétique musicale ?
A R B Ë R E S H Ë : J’essaie d’être aussi sincère que possible dans la musique que je crée. Par conséquent, mon esthétique est simple et minimaliste.
albinfo.ch : Votre musique échappe souvent aux catégorisations. Comment définissez-vous votre genre artistique ?
A R B Ë R E S H Ë : C’est une question difficile. Même si je sais que les classifications peuvent parfois être utiles, ce n’est pas quelque chose qui me vient naturellement. Jusqu’à présent, je n’ai pas trouvé de définition plus juste que “contemporary folk”, même si je ne la considère pas comme totalement représentative.
albinfo.ch : Où vous produisez-vous habituellement et où le public peut-il vous suivre en dehors d’Instagram ?
A R B Ë R E S H Ë : J’ai donné la plupart de mes concerts en Albanie et au Kosovo, mais j’ai également joué en Croatie, en Suisse, en France et en Allemagne. En général, je me produis dans des concerts de plus petite taille et dans des festivals, dans des lieux qui permettent une relation directe avec le public. Ma musique ne convient pas à tous les contextes. Quant à la manière de me suivre, c’est principalement via Instagram.
albinfo.ch : On remarque l’absence d’une chaîne YouTube active. S’agit-il d’un choix ou d’une étape de développement ?
A R B Ë R E S H Ë : La seule raison est que, jusqu’à présent, je n’avais rien à publier. Depuis que j’ai commencé à faire de la musique, j’ai simplement voulu jouer et créer. Ce qui a été publié jusqu’ici comprend le clip de “Oj Lulija Jonë” ainsi qu’une session live réalisée dans le cadre de “Llukar Live Sessions”. Actuellement, je travaille sur mon premier album en collaboration avec le producteur Dritëro Nikqi. L’album comprendra dix réinterprétations de chansons populaires albanaises et devrait paraître vers la fin de l’année.
albinfo.ch : Vous avez collaboré avec différents artistes. Qu’ont apporté ces collaborations à votre parcours ?
A R B Ë R E S H Ë : Ma première collaboration a été avec la plateforme “Marrja Zezë”, fondée par Jehona Jahaj. J’ai ensuite eu l’occasion de contribuer au film The Beauty of the Donkey de Dea Gjinovci. J’ai également collaboré avec Agona Shporta et Liburn Jupolli. Une autre collaboration importante a été celle avec Kolë Laca. Plus récemment, je fais partie du projet “Echoes of Origin” aux côtés de Flaka Goranci, Tringa Sadiku et Hava Bekteshi.
Le témoignage d’A R B Ë R E S H Ë inscrit sa création dans un processus ouvert, où l’expérience, l’intuition et le travail constant s’entremêlent de manière harmonieuse. Les projets en cours, notamment son premier album de réinterprétations de chansons populaires albanaises, révèlent une orientation artistique claire ainsi qu’un engagement attentif envers le patrimoine musical. Dans cette démarche, A R B Ë R E S H Ë construit son identité artistique à travers l’expérience et une recherche permanente.
(3) A R B Ë R E S H Ë – Full Performance (Llukar Live Sessions) – YouTube
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